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 Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay

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Titam
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Nombre de messages : 25989
Localisation : Québec
Date d'inscription : 13/08/2006

MessageSujet: Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay   Sam 2 Juin - 14:23

Comme promis, voici un chapitre entier tapé par mes menues mains, qui n’avaient rien d’autre à faire aujourd’hui. Il résume assez bien le ton de l’ensemble.
Ce livre est un petit plaisir à lire. Très érudit, collectionnant les citations, mais souvent fasciné par son objet, l’auteur fait un tour assez complet de la pratique, en puisant dans les références littéraires, historiques, anthropologiques, sociologiques, etc. On sent les rires et les sourires derrière l’écriture, même si les analyses sont souvent succinctes.

Première partie:

Citation :
Les mots et les mets

Gastronomie

Les organes sexuels reçoivent, on le sait, de nombreuses images alimentaires (animales ou végétales). La vulve est un abricot, une amande, un berlingot, un coquillage, une figue, une huître, une moule… Le pénis, une asperge, une banane, un champignon, un os à moelle, un poireau, une saucisse, un sucre d’orge…
Cette assimilation du sexuel à l’alimentaire est bien sûr exacerbée dans la fellation, puisque avec elle la bouche retrouve sa fonction nutritive originelle : quand le tout petit tète le sein de sa mère… L’irrumation, rappelons-le, vient d’un mot latin (irrumare) signifiant « donner à téter ».

Objet des caresses buccales, le sexe masculin est donc assimilé à un aliment. Friands de proposer moult conseils, les ouvrages de sexologie ne se privent pas d’utiliser cette analogie. Déjà, en 1910, l’anglais Aleister Crowley publia un traité où il présentait seize manière de faire. En voici trois :
Sucer le pénis comme vous le feriez d’une asperge, par le bout.
Brouter et embrasser le pénis de tous côtés comme le fait une souris d’un morceau de fromage.
Sucer le pénis comme vous suceriez un épi de maïs.

(Notons en passant que cela n’arrive pas tous les jours de sucer un épi de maïs !)

Les choses et les mots n’ont guère changé, puisqu’on pouvait lire, en 1998, dans un article du magazine Union, ce genre de suggestion :
La femme suce le pénis comme un bâton de sucre d’orge, en le faisant aller et venir entre ses lèvres, sans s’interrompre, sinon pour les pauses respiration.
La fellatrice ayant déjà de l’expérience, ou que guide instinctivement un vif appétit du mâle, fait durer le plaisir en usant de sa langue autant que de ses lèvres. Elle lèche le gland comme la boule de glace d’un cornet…


De manière plus luxuriante, Françoise Rey, dans La femme de papier, a décrit une scène de fellation tout entière axée sur l’obsession de la nourriture :
Aux primeurs, tout ce qui se trempe, se dresse, s’effile, se mouille : poireau vinaigrette, asperge sauce mousseline… Mes sœurs, ce soir nous avons des carottes. Et raides, encore ! Aux charcuteries, on croule sous la marchandise. C’est une orgie de saucissonnailles. Je te bouffe l’andouille, je te broute la chipolata, je t’avale le salami, pendant que tu te fais reluire la rosette. Jésus ! Quel pique-nique !
Et la marée ? Dis, tu sais que j’aime ça, l’anguille de caleçon, la truite frétillante, le goujon farceur ? D’un coup de nageoires, te voilà à nouveau tout au fond de mon palais, à me chauffer le menton de tes prunes brûlantes. Déjà le dessert ? Attends ; laisse-moi organiser, je suis une gourmande raffinée : laisse-moi sucrer mon café sapeur, comme il se doit) d’une longue canne à sucre, laisse-moi y humecter ton biscuit, y tremper ton pain au lait… Vivent les mouillettes !
Au diable les calories ! Je m’offre un festin dans toutes les règles de l’art
.

D’aucuns seront choqués de voir réduite la jouissance sexuelle à un plaisir gastronomique. Mais ce dernier n’est-il pas bien souvent que le substitut plus ou moins voilé de l’autre ?
Ainsi, dans cette préparation méditerranéenne d’escargots (petits gris), nommée, sans équivoque, « à la suçarelle », et destinée avant tout aux femmes. Après les avoir percés avec une aiguille, on les fait revenir dans une poêlée d’ail, oignons, tomates, persil, huile d’olive, puis on les mange, « dans leur jus », en les aspirant…

Certains seront choqué aussi que se trouvent confondues les fonctions nobles et triviales de la bouche : ici, l’organe utilitaire (de la nourriture et de la parole) devient aussi celui du plaisir gratuit, et quasi animal (quand le sexe est comparé à une vulgaire saucisse)…
On comprendra de cette manière les réaction de trois femmes qui avaient regardé un film X (paroles relatées dans le livre Les femmes, la pornographie, l’érotisme) :
- Une scène qui m’a frappée, c’est quand ils sont trois, deux filles et un type. Les filles sucent.
- Tais-toi ! T’avais l’impression d’en avoir tellement plein la bouche que t’avais envie de vomir. Parce qu’en plus, c’était une bite gigantesque. Et c’est vrai, c’est comme si tu sentais cette espèce de grosse chose dans ta bouche et…
- Moi, toutes ces bites, ça m’a donné la nausée. On aurait dit des grosses saucisses. J’avais l’impression d’être dans une boucherie ou dans une charcuterie ; c’était dégueulasse.

Mais la correspondance entre le sexe et la nourriture n’est pas seulment métaphorique. Le plaisir de manger vient parfois littéralement se mêler à celui de la fellation.
Dans La Mécanique des Femmes, Louis Calaferte fait parler une amante : Mets le bout de ta queue dans le petit pot de confiture, je te le sucerai. C’est comme ça que j’aime déjeuner. Je suce et je croque un morceau de biscotte. A la fin, tu verras, le nœud est tout gluant de confiture, de miettes de biscottes collées et d’un peu de foutre qui vient dans que tu le veuilles. Je pompe, je lèche tout.
Ce genre de fantaisie alimentaire est pour le moins courante dans toute une littérature ordinaire. Ainsi le magazine Playboy a publié un recueil composé d’extraits de leur courrier des lecteurs. Voici les « recettes » proposées par deux d’entre-eux :

La femme prend une lampée de liqueur mentholée dans la bouche. Elle pose ses lèvres à la pointe du pénis de l’homme et les entrouvre très doucement. La liqueur peut alors couler sur le gland et la hampe. Ensuite, elle ouvre un peu plus les lèvres, prend le pénis dans sa bouche tout en soufflant fortement. Son haleine chaude sur la crème de menthe devrait déclencher chez l’homme d’excitantes sensations de chaleur. La femme remonte ensuite afin que ses lèvres forment un anneau autour du gland de son amant, ce qui donne une sensation particulièrement rafraîchissante.
Enduisez le pénis de votre compagnon avec une couche l »gère d’huile d’olive vierge et allez-y franco avec la bouche et les mains. Il sera incapable de faire la différence entre vos lèvres et vos doigts puisque tout le pénis est titillé en même temps. C’est probablement ce qui s’approche le plus de la gorge profonde, mais en extérieur.

Ou encore, dans La Femme sensuelle (signé par J. et publié aux Etats-Unis en …69 !)
Si vous êtes gourmande, voici une idée pour vous ! préparez une crème fouettée parfumée à la vanille (ou achetez une bombe de crème chantilly), recouvrez-en, généreusement le pénis en érection jusqu’à sa base, et couronnez le tout d’un grain de café au chocolat, d’une fraise en sucre ou d’un morceau de noix de coco. Puis dégustez votre préparation d’une langue gourmande. Il frémira de plaisir et vous, vous aurez un dessert en plus !

Dans ce mariage du sexuel et de l’alimentaire, non seulement le sexe est un aliment, mais la nourriture elle-même vient aviver le plaisir donné. Comme on relève un mets fin avec un bon vin, on épice la volupté avec divers aphrodisiaques, aussi ordinaires soient-ils.
Une Petite encyclopédie illustrée du plaisir amoureux (publié à France Loisirs en 1980) recommandait le radis noir, la sarriette, le céleri en branche, l’anis étoilé, les morilles fraîches, les graines de volubilis et, moins courant dans nos régions, le lait de chamelle !

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Titam
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MessageSujet: Re: Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay   Sam 2 Juin - 14:24

Deuxième partie:

Citation :

Le sève, le nectar, l’onction

Le sperme est le mot du vocabulaire sexuel qui connaît le plus d’équivalences alimentaires ; c’est le bouillon, la confiture, la crème, l’eau-de-vie (ou l’eau-de-vit !), le fromage, l’huile, la laitance, la liqueur, la sauce, la semoule, le sirop… Donc, une substance destinée à être avalée.
L’homme reçoit bien sûr comme un signe absolu d’amour (ou du moins de désir) le fait que la femme accomplisse une fellation totale, c’est-à-dire en ingérant son sperme. Celui-ci n’est pas entièrement perdu comme « semence » (procréatrice), puisqu’il est valorisé comme substance nourricière essentielle (à l’instar du lait maternel tété par le nourrisson). Ce qui autorisait Havelock Ellis (l’un des fondateurs de la sexologie moderne) à faire ces rapprochements : La mamelle gonflée, correspond au pénis en érection, la bouche avide et humide de l’enfant correspond au vagin palpitant et humide, le lait vital et albumineux représente la semence également vitale et albumineuse. La satisfaction mutuelle, complète, physique et psychique de la mère et de l’enfant, par le transport de l’une sur l’autre d’un liquide organique précieux est une analogie physiologique véritable avec la relation entre un homme et une femme au point culminant de l’acte sexuel.
En ce sens, l’instant suprême de l’échange érotique et amoureux aurait lieu quand la femme, après avoir fait jouir l’homme avec sa bouche, l’embrasse pour lui redonner une part de la semence qu’elle a reçue… Au-delà, n’y aurait-il pas, dans le plaisir d’un homme à « téter » les seins d’une femme adulte, le désir secret de pratiquer une fellation ?

Le sperme est un élixir, un nectar, une onction. Image sans cesse présente dans la littérature érotique :
Je la remis dans ma bouche et la suçai très longuement, comme on suce son pouce, le sein de sa mère, la vie, pendant qu’il gémissait et haletait, toujours, jusqu’à ce qu’il éjacule, dans une plainte aiguë, et que je boive son sperme, sa sève, son don. (Alina Reyes, Le Boucher)
C’était en elle, dans cette bouche si aimée, qu’il voulait gicler, lui offrant son sperme comme une boisson rare, divine. (Isaure de Saint-Pierre, Mes vénéneuses)
Sève, nectar, onction… Le sperme ainsi glorifié confère à la relation sexuelle un caractère quasi religieux. Ce qui autorise Sarane Alexandrian à écrire (dans son Doctrinal des jouissances amoureuses) : La plupart des femmes, quand l’homme a éjaculé dans leur bouche, même si elles éprouvent un plaisir affectif ou cérébral au jaillissement de l’éjaculation sur leur langue ou au goût de la semence, recrachent le tout aussitôt. Cependant, certaines n’hésitent pas à boire entièrement l’éjaculât avec beaucoup d’exaltation amoureuse, car elles ont ainsi l’impression de se nourrir du principe mâle, ou de donner à leur amant une preuve suprême de sensualité féminine. Elles n’ont pas tort : la fellation complète, avec ingestion du sperme, est un acte de communion religieuse. (l’Eglise n’approuverait pas un tel rapprochement !)
C’était là déjà une association faite par Pierre Louÿs dans Trois filles de leur mère : Si cette comparaison n’était pas irrévérencieuse, je dirais : une petite fille qui aime à sucer les hommes à l’air d’une première communiante à genoux devant la sainte table ; on dirait qu’elle attend une nourriture sacrée, au sein d’un mystère incompréhensible où le dieu de l’Amour va se donner à elle.
Ces images sont en fait très ambiguës, car le sperme est aussi un déchet, une déjection. En éjaculant, l’homme décharge, crache, évacue, se soulage… Consciemment ou non, observe Hugo von Dern (dans son Traité de l’amour physique), le sperme et les sécrétions muqueuses de la femme paraissent être, pour bon nombre d’individus, des produits à peine différents des excréments et considérés avec la même répulsion.
Significatif est l’argot de la prostitution, qui parle d’éponger un client… Une prostituée le dit sans détour : On est la soupape de sécurité, on set à éponger ce qui déborde. En même temps que c’est nécessaire, cela peut aussi avoir un caractère sale ; ce qui est en trop, c’est souvent le déchet. Déjà, en 1836, Parent-Duchâtelet parlait de la prostituée comme d’un égout séminal… Rappelons d’ailleurs que, depuis Saint Augustin, nombre de théologiens acceptent, paradoxalement, la prostitution comme un frein à la luxure : Ainsi, Thomas d’Aquin affirme-t-il : Enlevez les prostituées et vous emplirez le monde de sodomie. Enlevez l’égout et vous contaminerez tout le palais.
La fellation avec ingestion du sperme nous conduirait ainsi vers un curieux paradoxe ; geste d’amour entier, pour la femme qui offre sans réticence ce plaisir à son amant, elle serait aussi l’emblème de la pratique professionnelle. Acte vil de soumission ou preuve absolue d’amour?
On comprendra que bien des femmes, quand elles ne veulent être ni les servantes du culte de phallus, ni de vulgaires « épongeuses », se refusent à cette caresse entière. Ce seraient toutes scelle qui, selon les mots de Fernandel, font des pipes avec une paille !
Un tiers seulement des femmes qui pratiquent cette caresse consentiraient à l’accomplir entièrement. Ou alors ne l’accepteront-elles que dans des situations pornographiques ou professionnelles. Une femme interviewée dans le volume Les femmes, la pornographie, l’érotisme, le dit sans détour : Je n’ai pas de dégout pour le sperme, mais il se passe un phénomène curieux à ce propos ; je ne peux pas avaler celui de l’homme que j’aime. Par contre, j’ai un souvenir précis d’une nuit dans un wagon-couchette : j’ai fait l'amour avec un inconnu, j’ai à peine aperçu son visage à la lueur infime de la veilleuse et j’ai très facilement avalé son sperme. Il me fallait l’anonymat pour pouvoir supporter.

A l’extrême, ce rejet se manifeste dans des comportement anorexiques. Ainsi, chez ce patient du psychanalyste Sandor Ferenczi (au début du siècle) : Un de mes malades était obsédé par un dégoût immodéré de la viande grasse et de tous les produits salés ; mais tout rentra dans l’ordre une fois que l’analyse eut révélé que dans son enfance un gros garçon, de beaucoup son aîné, avait pratiqué sur lui un coït per os (« par la bouche »). La viande grasse représentait le pénis, le goût salé, le sperme.
Enfin, comme en négatif de la situation précédente, suivant divers psychanalystes, le désir refoulé de fellation du père serait à l’origine de certaines anorexies mentales.
Pourquoi pas ?

La dévoration

Une femme est « belle à croquer », on la « dévore des yeux »… Les images ne manquent pas qu isoulignent ce lien de parenté de la faim et du désir sexuel, quand ce dernier mène, symboliquement au moins, jusqu’à la dévoration canibale.

Louis Calaferte rapporte ainsi les paroles d’une amante : Je voudrais te sucer jusqu’à la moelle. Je voudrais que tu aies d’abord beaucoup de jus, que ça me coule longtemps dans la bouche. Je te sucerais, tu fondrais petit à petit, jusqu’à ce que tu ne sois plus que ta queue. Je la sucerais encore et elle diminuerait jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de toi.
Ou encore, comme l’écrivait Juliette Drouet à Victor Hugo le 23 novembre 1835 : J’ai un appétit furieux de ton amour et de ta personne, je te conseille de te tenir en garde devant mon grand amour, ma grande bouche et mes grandes dents, car ces énormes dimensions ne sont que pour mieux t’aimer, mieux te baiser, et mieux te manger, mon cher petit chaperon noir.
Et bien avant, au XVIIème siècle, Bossuet n’écrivait-il pas, dans ses Méditations sur l’Evangile : Dans le transport e l’amour humain, qui ne sait qu’on se mange, qu’on se dévore, qu’on voudrait s’incorporer en toutes manières, et comme disait le poète, enlever jusqu’avec les dents ce qu’on aime pour le posséder, pour s’en nourrir, pour s’y unir, poui y vivre.
Quel homme ne rêverait-il pas, même inquiet, d’être dévoré de cette manière-là ?

Mais, si la bouche appliquée à donner du plaisir au pénis est un écrin doux, elle est aussi le lieu redouté de la morsure castratrice. « Petite mort », la jouissance serait alors anéantissement.
La bouche vorace s’apparente ici au « vagin denté », menace présente dans notre imaginaire depuis des siècle, et mise en scène dans le célèbre film d’Oshima, L’empire des sens. La passion charnelle des amants s’achève par la castration de l’homme.
Sans être conduit jusqu’à ce genre d’excès, un homme craindra parfois le désir gourmand d’une femme « goulue » (celle qui, au sens littéral, a une grande bouche). Car elle s’apparente alors à la goule, ce vampire femelle des légendes orientales qui séduit les hommes pour les égorger et se repaître de leur sang.
Dans un recueil de sexologie, un homme évoque ainsi son amante : Dès que nous attaquons les préliminaires, elle descend immédiatement s’occuper de moi et devient particulièrement tenace ; elle se jette sur moi comme un animal affamé. Elle grogne, fait des bruits bizarres et essaie de faire rentrer mon pénis tout entier dans sa bouche et ne s’arrête que lorsque j’ai joui.
Attirance et crainte exprimées par un autre (dans le Rapport Hite) : J’aimerais bien jouir dans la bouche d’une femme. Ce serait pour moi le summum de la libération. Ça me prouverait que je suis capable de me laissaer aller, de m’abandonner, de me laisser avaler par un autre être humain.

Ce fut là un thème obsessionnel chez les écrivains de la seconde moitié du XIXème siècle ; ainsi dans le roman de Catulle Mendès, La Première Maîtresse, en 1887. Un jeune homme, Evelin Gerbier, est subjugué par une femme qui lors de leur première relation, lui pratique une fellation ; dans un style passablement obsolète, Mendès décrit ainsi cet homme aux grêles hanches immobilisées entre deux mains brutales, longues et fines, et qui subit en sa vierge nubilité fragile, le viol goulu, frénétique, silencieusement dévorateur d’un long baiser infâme. La fellation, tout juste évoquée, est ici le symbole d’une vie consumée par la passion…

Ces craintes sont également lisibles dans de nombreux mythes. En Afrique noire, divers contes mettent en scène des femmes « goulues », sorcières ou ogresses. Dans La Mère dévorante, Denise Paulme écrit : Le thème de la gloutonnerie féminine et de la terreur très profonde qu’elle éveille dans l’inconscient masculin se retrouve par toute l’Afrique. L’ambiguïté qui veut que dans la plupart des langues manger et copuler puissent s’entendre l’un pour l’autre permet de décrire en termes voilés mais compris de tous une avidité qui ne concerne pas seulement les nourritures. Que d’elle-même, dans un village, une femme apporte à manger à un étranger s’entendra comme une offre à peine voilée, sinon comme un aveu.
Et Denise Paulme de citer ce conte des Zouglo (au Nord Cameroun) :

« Lors d’une famine, un homme s’enfonce en forêt et découvre une plantation ; dans un coin, une cahute. La maîtresse des lieux fait bon accueil à l’étranger affamé, elle le nourrit et l’invite à revenir avec ses deux épouses et leurs trois filles. Tous se rendent à l’invitation, mais les femmes se méfient. La première épouse surprend leur hôtesse au bain ; elle a sur la poitrine une bouche aux dents longues et tranchantes qu’elle fait sortir et rentrer à volonté ; c’est une sorcière. La femme prévient son mari, mais celui-ci fait la sourde oreille et la bat. Décidées à s’enfuir, les deux épouses percent un trou dans la paroi et s’échappent avec les enfants. L’homme demeure seul avec la sorcière qui lui mange les mains et les jambes. Elle s’éloigne pour aller chercher du bois à brûler. Sa victime en profite pour se traîner dans les herbes. Mais la vieille, l’ayant vu, se change en jeune fille, elle porte un petit panier et une hache. L’homme s’exclame : « Quelle belle fille !». La sorcière reprend son aspect premier et le dévore ».

Concluons en reprenant le beau commentaire qu’en fait Denise Paulme à la fin de son livre :
Le mal serait la sexualité féminine sauvage, dévorante, que l’homme doit à tout prix maitriser et domestique. Dans cette optique, la femme rêvée serait la bonne ménagère, l’épouse domestiquée qui veille au bien être de son partenaire la nuit comme le jour, sans l’acte sexuel comme en s’activant dans son jardin ou auprès de son foryer ; alors que la mauvaise femme, dont la sexualité n’a pu être domptée, ne songe qu’à se gaver et poursuit son plaisir dans les rapports intimes jusqu’à l’épuisement de l’autre. Mais l’homme lui-même, pour averti qu’il soit du danger d’engloutissement, ne se prend-il jamais à rêver d’une mort aussi délicieuse ?

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Dan
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MessageSujet: Re: Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay   Sam 2 Juin - 17:21

Ayé, j’ai l’os.
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Titam
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MessageSujet: Re: Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay   Sam 2 Juin - 17:24

danazer a écrit:
Ayé, j’ai l’os.
à moelle? Very Happy

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Loner
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MessageSujet: Re: Histoire raisonnée de la Fellation - Thierry Leguay   Lun 4 Juin - 23:21

Titam a écrit:
danazer a écrit:
Ayé, j’ai l’os.
à moelle? Very Happy
Non, à ture!

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